Définitions

Dans le but de faciliter la compréhension des termes fréquemment employés par Darpan,  nous vous
présentons ici quelques définitions utiles à mieux discerner les forces qui œuvrent dans notre vie intérieure.

 

La masse émotionnelle

La masse émotionnelle est un agglomérat des peines et des frustrations accumulées en nous depuis la naissance. Bien que de nature psychique, elle n’est pas intangible et nous pouvons en percevoir les effets et les manifestations au travers d’émotions douloureuses, de dépressions, du doute et du déni de soi et des douleurs physiques.

Les manques d’amour, les brutalités de l’école, un divorce, un abandon et une trahison, la perte d’un être cher, un cœur brisé, des expériences sexuelles malheureuses ainsi que bien d’autres événements ont meurtri notre corps énergétique et déposé en nous des résidus de douleur.

Ces derniers se sont progressivement rassemblés en couches de peine, créant une masse émotionnelle dont l’essentiel reste constamment caché dans le subconscient.

Lorsque nous cessons de lutter contre ce qui vit en nous ou de nous vouloir autrement, ce contenu peut naturellement remonter à la surface et offrir une seconde chance de venir à bout des poisons qui perturbent notre organisme. Nous pouvons alors faire le deuil d’un passé inachevé en confrontant ce que nous avons remisé derrière notre carapace.

« Nous avons oublié que nous sommes nés avec l’amour comme sensation de nous-mêmes. Cet oubli est douloureux. Il se rappelle parfois à nous sous la forme d’une nostalgie inexplicable ou de la souffrance de nous sentir coupés de l’essentiel. Pour tenter de rattacher ce sentiment à quelque chose d’identifiable, nous l’associons souvent à nos bien-aimés disparus, au « bon vieux temps », à l’amour perdu ou qui nous fait défaut : autant de tentatives maladroites pour donner un sens à notre douleur et à l’inexplicable sensation d’avoir perdu quelque chose de vital.

En réalité, nous nous languissons de notre vraie nature, de l’amour et de l’innocence qui étaient nôtres avant que l’ignorance de nos parents, celle de la société, puis la nôtre, nous happent vers des réalités d’ordre utilitaires.

Privés de la reconnaissance dont nous avions besoin et happés par les sollicitations de l’entourage, nous avons rapidement dirigé notre attention vers l’extérieur, substituant la stimulation sensorielle au nectar que nous percevions comme notre propre présence.

Peu à peu, nous nous sommes « coulés » dans un moule familial, social, culturel et religieux, oubliant notre réalité fondamentale et créant un personnage auquel nous nous sommes attachés et identifiés comme s’il était nous-mêmes.Mais la douleur de cet oubli et de cette séparation n’est pas la seule cause de notre malheur et de notre incapacité à trouver notre plénitude.

Il en est une autre, tout aussi importante, qui a contribué à nous couper presque totalement de l’être vibrant de vie et d’amour que nous n’avons jamais cessé d’être.

Dès notre plus tendre enfance, et même avant, en tant que fœtus, nous avons été pénétrés et contaminés par les malheurs de notre mère, puis plus tard par ceux de notre père, de nos proches, de nos amis et de nos enseignants, et enfin par ceux que nous avons accumulés au fil des expériences douloureuses qui ont ponctué notre vie. Toutes les souffrances que nous n’avons pas pu reconnaître, accepter et assumer n’ont pas simplement disparu avec le temps : elles se sont progressivement rassemblées en une masse compacte, vivante et intelligente qui vit et fermente en nous à notre insu. »

La personne

« La personne que nous avons construite avec l’aide de nos parents, de nos professeurs et de notre entourage joue un rôle d’interface entre le monde et notre vraie nature. Elle est l’outil à travers lequel nous pensons, parlons, fonctionnons et agissons. Primitive ou sophistiquée, elle reflète nos multiples facettes ou « personnalités ». C’est également à travers elle que s’exprime notre caractère, l’empreinte unique de notre individualité.

Notre relation avec nous-mêmes est avant tout la relation que nous entretenons avec la personne, avec ses pensées, ses émotions, sa suffisance, son histoire personnelle, son passé et son avenir. Nous sommes littéralement captivés par l’idée de nous-mêmes, enfermés dans la définition que nous avons construite à notre sujet. Nous nous cramponnons à la personne en recherchant constamment le reflet de son image et de ses idées. Nous sommes fascinés par le souci du regard des autres, préoccupés de savoir si nous sommes admirés, aimés ou reconnus. Chacun de nous est pris dans sa propre représentation de lui-même, figé dans la personne qu’il imagine être. Notre univers gravite constamment autour de ce « je », de ce qu’il aime ou pas, de ses désirs et de ses rêves, de ses souhaits et de ses espoirs.

Prête à argumenter et à bondir lorsqu’elle se sent menacée, la personne abrite en elle les conflits de nombreuses voix intérieures, celles du doute et du déni de soi, de l’avidité et de l’égoïsme, du contrôle et du pouvoir. Par extension, tout ce qui gravite autour d’elle se reflète au niveau d’une famille, d’un groupe, d’un peuple, d’une nation et du monde.

La Terre est ainsi peuplée de milliards de personnes, chacune animée de désirs opposés, aspirant à faire sa place et à acquérir ce que l’autre possède. Persuadés d’être cette personne, nous nous percevons séparés, ignorants de notre réalité et de celle des autres, prêts à nous entretuer pour défendre notre religion et nos conditionnements ou pour imposer notre idée du bien et du mal.

La personne est la partie obstinée de notre être, celle qui oppose un Non formidable à la lumière en nous empêchant de lever le voile et d’accéder à notre vraie nature.

Elle est l’expression même de l’implacable condition humaine, entretenue et alimentée depuis des générations et dont nous portons tous le fardeau et les stigmates. »

Observez les chameaux sur la photo ci-dessus :

En réalité, les chameaux ne sont pas les formes noires qui sautent aux yeux mais les petites tâches claires au pied de chaque chameau. La personne que nous pensons être est comme ces ombres qui dissimulent notre vraie nature.

La vraie nature

« Parler de la vraie nature, c’est tenter de décrire l’indescriptible en utilisant des mots qui ne nous servent à expliquer les choses qu’à l’intérieur du contexte restreint de la raison.

Les limites du langage ne doivent toutefois pas nous inciter à imaginer quelque chose de phénoménal ou d’inaccessible ; notre vraie nature est plus proche de nous que notre respiration. D’une simplicité immédiate et d’une grande subtilité, elle se soustrait aisément à notre perception grossière et confinée dans ses vieilles frontières.

La vraie nature est une présence énergétique sur laquelle nous ne pouvons pas mettre de mots ni de sentiments. Elle est l’inexplicable vérité qui ne se laisse réduire à aucune définition, la profondeur vivante derrière le « je » superficiel que nous prenons pour nous-mêmes. Rien de ce que nous avons accumulé au cours de notre vie n’a le pouvoir de nous révéler ce que nous sommes. Bien au contraire, il faut nous dépouiller du superflu, abandonner toutes les idées que nous avons façonnées à notre sujet et exorciser notre château hanté de ses vieilles peines et de ses terreurs.

Notre état naturel a souvent été esquissé par ce qu’il n’est pas… Nous pouvons aisément décrire le silence comme l’absence de bruit, mais il nous est impossible de préciser ce qu’il est réellement. L’évocation de la vraie nature s’inscrit dans cette contradiction : l’essentiel échappe aux mots, car c’est avant tout la réalisation d’une vérité qu’aucun livre ni aucune personne ne peut décrire et que chacun se doit de découvrir dans sa propre expérience… »

« Nous ne pénétrons pas dans cette dimension en accumulant du savoir mais en nous dépouillant de l’inutile et du superflu, avec, à la clé, le choc de notre vie en découvrant qu’ils englobent pratiquement l’ensemble de ce que nous croyons être ! On ne s’acquitte pas d’une telle tâche en quelques jours. Il faut souvent des années pour amener notre intelligence à se séparer de la personne et à accueillir la puissance vivante de notre vraie nature.

Notre vérité essentielle est ce qui demeure quand tout ce que nous pensons être s’est effondré et lorsque le sentiment du moi est anéanti, entraînant dans sa chute l’ensemble des repères qui nous définissent.

C’est la conscience de ce qui est toujours présent une fois que le moule de la personne est brisé.

Notre vraie nature est l’espace entre nos pensées, c’est la réalité fondamentale dans laquelle prennent naissance la raison, l’émotion et le corps. Elle est un « rien » empli de notre complétude, une présence vivante, une énergie impersonnelle consciente d’elle-même. Nous sommes plus proches d’elle durant notre prime enfance, en restant silencieux, ou lorsque nous cessons de nous servir de notre énergie pour préserver notre image et nos peines. »

L’ego

« Dans le langage courant, l’ego désigne la propension, l’habitude ou le défaut de se préoccuper uniquement de soi. En réalité, l’ego est le mécanisme de protection de l’organisme, l’instinct de survie. Sa fonction est d’en assurer l’intégrité, mais nous l’avons détourné de son but premier en l’utilisant pour protéger la personne, avec sa malhonnêteté et ses peines.

L’ego est devenu notre meilleur allié pour nous préserver de ce qui est douloureux, puissant, inconnu et effrayant, mais se révèle également être notre pire ennemi lorsqu’il s’agit de démanteler la personne que nous croyons être et de purger tout le contenu malheureux logé dans notre subconscient.

L’ego a le réflexe de repousser toute sensation douloureuse ou effrayante en détournant notre attention du corps, en bloquant notre respiration, en contractant notre musculature et en nous incitant à nous réfugier dans le mental. Il est l’expression de la mauvaise foi lorsqu’on nous dit la vérité et que nous ne voulons pas l’entendre. Il est la malhonnêteté qui s’acharne à argumenter, à rabaisser l’autre, à le repousser ou à le remettre en question. Il est le déni de soi et le refus de voir et de sentir ce qui se passe en nous. Il est l’automatisme de lutte et de répression contre ce que nous ne pouvons tolérer, gérer et accepter dans notre vie intérieure.

L’ego est l’impulsion de nous enfoncer la tête dans le sable, de nous complaire dans nos addictions ou de nous en aller lorsque nous perdons pied ou perdons la face.

Il est la partie obstinée qui protège les décisions que nous avons prises étant enfants, et qui est prête à tout pour les honorer, quitte à écraser les autres, à les séduire, à les manipuler ou à les faire souffrir.Il est la lutte acharnée pour garder le contrôle et acquérir du pouvoir et le refus de souffrir une nouvelle fois des peines qui vivent déjà en nous.

L’ego est la cuirasse que nous avons construite autour de notre cœur, l’élan d’attaquer pour défendre ce qui est indéfendable, le geste qui fait mal et la parole inconsidérée qui blessent sans raison.

Il est la partie de nous-mêmes qui nous incite à fuir l’ennui, le vide et la solitude en nous jetant sur un livre, la télévision, l’alcool ou la drogue, ou en nous perdant dans le travail et les multiples divertissements à notre disposition. Il est le redoutable défenseur du malheur qui vit en nous.

L’ego utilise et manipule l’amour pour nous permettre d’échapper à ce que nous ne voulons pas voir ni sentir en nous-mêmes. Il organise nos vies en nous confinant à des zones de confort bien délimitées et en repoussant sans scrupules les faits et les personnes susceptibles de nous en extraire. Il nous incite à nous abandonner à la maladie et à la dépression pour éviter de faire face à notre malheur et à notre douleur. »

L’émotion

L’émotion est un phénomène psychique envahissant ponctuellement notre ciel intérieur. Elle est la substance du passé et du malheur que nous avons accumulé en nous depuis le début de notre vie.

À l’image d’un volcan, elle prend sa source dans le magma de la masse émotionnelle, puis monte en nous et envahi notre espace conscient, avide d’expérience et d’attention. Rassasiée, elle retourne dans ce réservoir pour ressurgir plus tard, réclamant à nouveau sa dose d’énergie.

Lorsqu’elle nous possède, elle affecte notre physionomie et modifie notre état intérieur, influençe nos choix, trouble notre humeur et nous ballote au gré de ses sollicitations chaotiques.

L’émotion se nourrit d’excitation mais celle-ci ne dure pas et, lorsque l’émotion en est privée, nous sommes ramenés à l’agitation, à la dépression, à la solitude, à l’ennui et au doute de soi; des sensations que l’on s’empresse d’esquiver en recherchant de nouvelles sources d’excitation.

Nous oscillons ainsi constamment au gré des émotions; un jour heureux, un autre jour malheureux, persuadés de toucher à la vraie Vie alors qu’en fait, nous ne faisons qu’évoluer à la surface de nous-mêmes, bien loin de la Vie et de l’Amour que nous sommes réellement.

Contrairement à une croyance largement répandue, l’amour, l’innocence, la simplicité et la joie ne sont pas des émotions mais des émanations de notre vraie nature. Constamment altérées par la présence de la masse émotionnelle, nous ne les percevons que de façon fragmentée et temporaire.

Le « travail intérieur » consiste à faire face à ce qui se présente à nous lorsque nous cessons de rechercher l’excitation et les émotions, à entrer et à creuser en nous-mêmes à travers nos accumulations pour découvrir la présence libre, aimante et sereine de notre vraie nature.